Bienvenue sur Sunset Boulevard. Cette célèbre artère de L.A. est le titre éponyme d'un de mes films préférés... C'est aussi le monde onirique sublimé dans "Mulholland Drive" de David Lynch, qui au passage rend hommage à Billy Wilder. Comme dans le générique hypnotique de "Lost Highway", venez vous perdre dans mon microcosme dédié au 7ème art...
MAMMUTH 21 Octobre 2010 6
Comédie française (2010) de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Avec Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Isabelle Adjani. 92 min.
L'air(e) de la liberté.
"(...) des plans sur mesure pour accueillir sa monumentalité frémissante (...), absorbant toute l'imbécilité du monde et la restituant digérée comme un homme dont le seul métier serait de vivre avec une douceur qui vous fait venir les larmes aux yeux."Les Inrockuptibles
"Mammuth" tire son nom du modèle mythique et colossal de la marque de moto allemande, la Münch, qui traîne au fond du garage de Serge Pilardosse. Fraîchement retraité d'une carrière professionnelle sans faille, jonchée de divers petits boulots, celui-ci s'apprête à réenfourcher son mastodonte d'acier pour sillonner les routes charentaises à la recherche de fiches de paie désuètes, sous les conseils de sa femme qui porte la culotte à la maison (Yolande Moreau, totalement irrésistible). Débutant par son dernier jour de travail dans l'industrie du jambon qu'il achève tel un cérémonial, il sera ensuite gentiment remercié par tout le personnel pour ses bons et loyaux services. De retour chez lui, avec un puzzle de 2000 pièces sous le bras comme seul cadeau, il est urgent qu'il remette de l'ordre dans son passé qui resurgit avec tout ce temps libre qu'il devra combler au quotidien... Tout au long de ce voyage surréaliste, les gags absurdes s'enchaînent à la pelle pour dresser un constat grivois des petites gens et des laissés-pour-compte qui tentent de subsister dans une société de plus en plus matérialiste et individualiste, dont le monde du travail serait le reflet terne du fossé grandissant entre les différentes classes sociales. Avec sa présence écrasante (physique et créative), Gérard Depardieu part à la rencontre d'une galerie de personnages plus extravagants les uns que les autres qui contribueront à redonner du sens à son existence. Il est entouré de seconds rôles étourdissants habitués à l'univers grolandais du duo Delépine-Kervern auxquels s'ajoutent le spectre de Isabelle Adjani, son amour perdu (à l'instar de "Camille Claudel" à l'égard de Rodin), pour ce casting impérial "aux 9 César du meilleur interprète". En seulement quatre oeuvres décalées, ils s'imposent de manière incontournable dans le paysage cinématographique français avec ce foisonnement artistique à la croisée de la poésie de Kaurismäki ("Avida" lui rendait hommage) et d'un humour corrosif (à la Charlie Hebdo, avec la courte apparition de Siné) contre les dérives de notre société capitaliste (sujet central de "Louise-Michel"). Cet ovni que n'aurait pas renié Luis Bunuel, le créateur du "Fantôme de la liberté" (auquel le décevant "Avida" faisait allusion), est un obscur objet du désir de liberté sous toutes ses formes d'expression.